mardi, novembre 07, 2006
just give me a reason to get dressed in the morning
j'ai jamais trop aimé le mois d’octobre, je découvre qu’il ne m’aime pas non plus. quand comme moi on est persuadé depuis l’âge de 6 ans que le jour de la rentrée est une preview de l’année à venir, je crois que cette année encore ne me portera pas chance. trois quart d’heure après le début du cours, les portes qui claquent, une centaine de têtes fatiguées qui se tournent à l’unisson vers moi et la sensation de lire limpidement dans leurs pensées. qu’ils ne m’attendaient plus, que mon retard n’étonne personne, qu’après tout je fais un peu parti des meubles ici, qu’en quatre mois de vacances je n’ai manqué à personne, que certains se demandent encore ce que je leur réserve comme lot de bizarreries cette année, et surtout deux secondes plus tard une indifférence collective puissante.
très vite on retrouve ses repères futiles, ses petites habitudes débiles. les réveils assise en tailleur devant dora, pyjama peau de pêche rose et chocopops, se frotter les yeux comme si j’avais quinze ans de moins. les sourires matinaux pour voler des places de parkings aux conducteurs un peu distraits. je continue de payer mon panini avec des pièces couleur bronze. étendre son horizon de relations visuelles, ces gens, filles ou garçons, avec qui l’on se regarde à chaque croisement toujours très aléatoires, quelques secondes de plus que ce qu'il faudrait, pour des raisons diverses : une impression de déjà-vu, une paire de sneakers respectable, une leçon de séduction. rater toujours la même marche du même escalier, extraordinaire. le magistral coup de pompe de 14h30, une habitude vieille de cinq ans. la distribution naturelle de nicknames stupides et de noms de codes aux nouveaux personnages de cette grande scène qu’est la fac. les heures creuses posées inertes, toujours sur le même banc-radiateur, deux an d’occupation inactive. les œillades rougissantes à un jboy de plus en plus attractif, de plus en plus insolent visuellement. les retours à la maison quand l’excitation prend le dessus et les chorégraphies pour distraire les gens dans les embouteillages.
on repend un rythme busy-busy, une vie étudiante et une vie sociale, la boucle bouclée, le portable qui sonne régulièrement, partitionner ses journées entre obligations et plaisir, grappiller des miettes de sommeil pour mieux repartir le lendemain.
puis mon corps qui décide de perdre patience, de jeter l’éponge, de faire un break. violemment. odeur d’éther, bras bleuis et dosage hebdomadaire de comprimés. ma peau au goût de paracétamol. solitude, ces longs moments allongée sur un lit à regarder au plafond. on parle d’heures entières. j'allège considérablement ma liste 'to read' et regarde série sur série. je pense qu’à ce rythme hallucinant d’ici trois ans je pourrait envisager d'écrire une thèse ou un bouquin conséquent sur les séries américaines. je me pose mille questions. pendant quelques minutes je ne suis plus sûre de la couleur de ses yeux et ça me bouleverse. mes larmes presque épuisées. la douleur m'empêche de dormir. j'ai des idées que j’oublie instantanément. mon moral fait des vagues, je suis frustrée, je suis déçue, je suis folle. dans ma tête se jouent des caprices terribles, plus de mon âge, je veux sortir, je veux les voir, je veux du contact humain, ne serait-ce qu’accrocher un regard dans la rue, je veux du bruit et de la vitesse, je veux, je veux, oh je veux si fort. et je me demande souvent ce qu’il font à ce moment précis, et ce qu’il a seulement remarqué mon absence. dur d'être consciente que derrière la vitre le reste du monde tourne très bien sans vous, je loupe ça, je loupe des moments avec eux, des moments avec toi, je loupe halloween, une fête trop extrême et absurde pour que ça ne soit pas une de mes favorites, je loupe les cours, je ne répond plus au téléphone, mon myspace est en veille, je ne parle plus sur msn, je n'ai rien à dire. je ne veux pas qu’ils viennent me voir, je ne veux pas les faire s’asseoir par terre dans ma chambre ou sur les canapés du salon et prétendre que tout va bien, que ma bonne humeur est légendaire et inébranlable, qu'après tout c'est qu'un moment à passer, et entendre le résumé de leurs vies là dehors, c’est génial, c’est comme d’hab mais sans toi bien sur, tu devineras jamais ce qu'on a fait, non, je ne veux pas deviner. je veux attendre, que ça passe, que ça cicatrise, que ça ne se voit plus, pour réintégrer ce groupe éphémère que nous formons comme si de rien n’était, faire comme à ‘mon’ habitude, lui téléphoner à lui, à la même heure, le même jour et revenir dans leurs vies comme si je n’avais jamais disparue.
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